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TKG Pressroom:

LE TOUR DU MONDE EN 80 JOURNAUX
ASIE CENTRALE

Dans les trois petits bureaux de la distribution de Killid (la clé), une quinzaine d'hommes s'affairent à mettre sous plastique le numéro du journal, accompagné d'un exemplaire de la nouvelle Constitution Afghane. Seul succès de la presse de l'ère nouvelle, Killid diffuse à 25 000 exemplaires dans les 32 provinces du pays, et la commission de la Constitution a choisi de s'associer à sa distribution comme moyen d'atteindre plus largement le public appelé à donner son avis sur le texte avant la Loya Jirga (Grand Conseil) du 10 décembre.
Le journal a été fondé par un tandem afghano-français : Shahir A. Zahine, directeur de l'organisation non gouvernementale DHSA (Development and Humanitarian Services for Afghanistan), et Christian Marie, travailleur humanitaire en Afghanistan. Tous deux ont voulu avant tout doter le pays d'un « hebdomadaire d'information non partisan ». « Je n'étais pas journaliste et je voulais aider les Afghans », déclare Shahir A. Zahine, qui avoue que son idée première était de lancer un mensuel d'information orienté principalement sur la préservation de l'héritage culturel.
Mars 2002, le premier numéro - 5 000 exemplaires et 24 pages - sort le jour de Nowrouz, le nouvel an afghan, à Kaboul et à Mazar-e-Charif, la grande cité du Nord qui abrite le tombeau d'Hazrat Ali d'où chaque année est levé le grand Janda (bannière) annonçant le printemps et la nouvelle année. Aujourd'hui, Killid compte 58 pages, avec 8 cahiers régionaux pour Kaboul, Mazar-e-Charif, Herat, Kandahar, Jalalabad, Gardiz et les provinces de Takhar et Faryab. Ecrit à la fois en dari et en pachtou, les deux principales langues du pays, Killid s'est développé très vite malgré les difficultés de diffusion dans un pays au réseau routier quasi inexistant et l'absence complète de structures de distribution.
« Nous avons créé un besoin et donné l'habitude aux gens d'acheter un journal » , affirme Shahir A. Zahine. Il avoue que sa plus grande fierté est qu'une de ses connaissances, qui habite au fin fond de la province de Wardak, fasse deux heures de bicyclette pour aller acheter Killid. « A Mazar-e-Charif, quand le journal n'est pas là le dimanche matin, les lecteurs viennent à nos bureaux voir ce qui se passe », précise-t-il. Killid, qui sort le samedi, premier jour de la semaine afghane, a aujourd'hui 510 points de vente et est vendu 5 afghanis, soit 16 centimes. Bordée d'une bande orange, la couverture de Killid est toujours une caricature, « un message politique », précise Shahir, qui n'épargne personne. Dans l'Afghanistan nouveau, la liberté de ton de certains articles, les caricatures publiées à la « une » ne plaisent pas toujours, et le journal a été menacé à plusieurs reprises. « Il y a un mois, des hommes sortant de voitures aux vitres noires, avec des plaques d'immatriculation des services de renseignement, sont venus menacer de mort deux de mes journalistes » , raconte Shahir A. Zahine.
Une enquête sur les chefs de guerre avait déjà provoqué ce type de réactions qui ne sont pas réservées à Killid. Chaque semaine, l'hebdomadaire publie une enquête approfondie de six pages accompagnée de deux pages de micro-trottoir pour interroger l'homme de la rue sur le sujet évoqué.
Les pages les plus appréciées des lecteurs sont toutefois une double consacrée à une histoire romancée réécrite à partir d'une lettre de lecteur et les deux pages d'actualité des tribunaux. Une façon peut-être d'exprimer la soif de justice qu'ont tant d'Afghans après 23 ans d'atrocités. Témoignage du lien créé par Killid, la rédaction reçoit à Kaboul et dans ses bureaux régionaux entre 300 et 500 lettres par semaine, délivrées, en l'absence de poste bien établie, par porteur.
Jeunes, les journalistes de Killid ont fait leurs classes avec le magazine. « J'ai pris des professionnels qui savaient vraiment lire et écrire au lieu de choisir des gens dogmatisés par la faculté de journalisme », avoue Shahir, évoquant ainsi les journalistes formés sous les régimes communistes. Christian Marie s'est occupé de la formation, et des journalistes étrangers sont venus pour de brèves périodes enseigner les bases du métier.
Financé à 80 % par l'Union européenne et à 20 % par l'Unama (mission d'assistance des Nations unies en Afghanistan), Killid n'a quasiment pas de publicité. Cette pénurie freine l'expansion : « Nous n'avons pas d'argent pour imprimer davantage d'exemplaires », observe Shahir A. Zahine. L'équipe de Killid a toutefois eu l'énergie de donner naissance à un hebdomadaire féminin, Morsal (le messager), qui tire déjà à 15 000 exemplaires. Et à une radio - qui diffuse pour l'instant uniquement sur Kaboul - mais qui ne demande qu'à étendre sa zone de réception.

 

 



 
   

 


 


 
 
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